Apocalypse (tenture de l')

Au château d'Angers. un des premiers ensembles de tapisseries historiées du Moyen-Age, et le plus vaste qui subsiste, bien qu'incomplet (107 mètres de long en 7 pièces regroupant 69 scènes); il fut exécuté à partir de 1374 par le tapissier parisien Nicolas Bataille, pour Louis Ier d'Anjou, sur cartons de Hennequin de Bruges, peintre de Charles V


Depuis 1915, Lurçat se penchait avec amour sur la question de la tapisserie. A cet artiste revient la plus grande part du mérite d'avoir redécouvert l'esthétique spécifique de la tapisserie, de l'avoir affermie, imposée à ses contemporains. Il y parvint en se référant au monument le plus authentiquement valable de notre âge gothique : L'Apocalypse d'Angers. Le manque de moyens financiers, en l'obligeant dans ses tentatives d'avoir d'abord recours au point de canevas, le contraignit à réduire sa palette, à penser large et mural. Il a lui-même raconté ses luttes, ses déboires et sa réussite. C'est entre 1930 et 1937 qu'il commença à appliquer toute son intelligence et toute sa ténacité aux travaux de lisse.

L'immensité des 792 mètres carrés de L'Apocalypse a de quoi frapper même le moins enthousiaste, et aussi de quoi faire réfléchir. Cette prolifération est sans nul doute un des caractères les plus essentiels de la véritable tapisserie. Mais produire un tel morceau de bravoure, un des plus vastes de toutes les époques et de tous les pays, en un temps si court (quatre années de travail réel) paraît être un véritable record. Le fait cependant coutumier à cette époque, où l'homme ne renâclait pas devant sa peine et où, surtout, il employait tout bonnement les méthodes les plus économiques : gros point, gamme restreinte de tons naturels, franchise du métier ; tout cela Lurçat l'enregistra.

A bon entendeur, salut ! Et il eut la gloire de la faire prévaloir. Ce ne fut jamais sans mal ! ...

Alain Séné.

Aubusson et l'Avenir, janvier 1951