Petit-fils d'esclave, né à Cayenne en 1897, avocat à 21 ans au barreau toulousain après des études au collège de sa ville natale, puis au lycée Bernuy et à la faculté des lettres et de droit de Toulouse, Gaston Monnerville s'illustra lors du procès des "émeutiers de la Guyane".

Ce procès retentissant au cours duquel était jugé les partisans de Jean Calmot, anticolonialiste d'origine métropolitaine, mort mystérieusement en 1928, le propulsa au devant de la scène d'abord judiciaire puis politique.

Elu député de la Guyane en 1932, puis maire de Cayenne, son dessein était de changer l'image de ce territoire d'Amérique du Sud.

Nommé en 1937, ironie de l'histoire, sous-secrétaire d'état aux colonies, il n'eut ni le temps ni l'opportunité de réaliser son rêve le plus cher : la fermeture du bagne.

A plus de 40 ans, il navigue sur le cuirassé "Provence" et, démobilisé en 1940, rejoint la résistance dans la mouvance "combat".

Le commandant "Saint Just" des FFI du Massif Central s'inscrit déjà sur un territoire qui, après sa Guyane originelle deviendra son domaine politique et affectif jusqu'à la fin de sa vie.

Certes, de 1944 à 1948, il continuera à être l'élu, tant à l'assemblée consultative puis constituante et enfin au Sénat de son département de naissance mais la rupture est consommée.

Pendant 24 ans, entre 1949 et 1973, il sera le conseiller général de Sousceyrac.

De 1948 à 1974, sénateur du Lot et, jusqu'en 1968, président d'abord du conseil de la république puis du sénat, il occupera les mandats de maire de Saint-Céré (de 64 à 71) et de président du conseil général de 1951 à 1970. Opposant, en 1962, à l’élection du Président de la République au suffrage universel, son fameux mot de « forfaiture » pour qualifier la révision constitutionnelle proposée par et pour le Général de Gaulle restera dans les annales. Cette position contre ce qu’il appelait une dérive vers le pouvoir personnel aboutira, le 4 octobre 1962, au vote de censure du gouvernement Pompidou. Jusqu’en 1969 et le départ du Général , les ministres n’assisteront plus aux séances du Sénat.

De Gaulle ne pardonnera jamais au deuxième homme de l’Etat son inflexible opposition.

Après 9 ans de présence au Conseil Constitutionnel, le président Monnerville s’éteint le 8 novembre 1991 à l’âge de 94 ans.

Ce passionné du culte de l’égalité, de l’école républicaine et des droits de l’homme fut un peintre amateur de qualité. Deux de ses toiles furent exposées un temps à la Chantrerie de Cahors.

De 1962 à 1974, le Lot était devenu le centre de la France. Deux de ses communes, Saint-Céré et Cajarc, où Georges Pompidou possédait une résidence, n’étaient pas seulement séparées par la simple étendue du causse de Gramat. Présents tous les deux, le même jour, à la même heure, dans la cité de Jean Lurçat, l’un, - Georges Pompidou - discourait, l’autre, - Gaston Monnerville - s’occupait de la maison de la Culture.

Il n’y a pas de meilleure façon - fut-elle symbolique - de signifier à l’homme de Beaubourg qu’il restait, pour lui Gaston Monnerville, le représentant vivant de cette forfaiture.